Accompagner les élèves

Les défis
Photo: Nomwindé Vivien nomvinde.wordpress.com

UNE PUBLICATION NORD-SUD

La passerelle que représente l’Ecole dans la société est souvent mise à rude épreuve par les différentes mutations sociétales et les remises en question qu’elles impliquent. Avoir plusieurs points de focale entre le Nord et le Sud, peut nous aider à mieux cerner les réels besoins de l’institution, faire émerger des axes de travail et mettre en exergue les bonnes pratiques des acteurs du terrain.
Par le partage d’une expérience de vie ou de l’exploration d’une notion plus scientifique du domaine, nous tenterons d’aborder nos thèmes avec la perspective de permettre des angles d’observations différents.

Hassan Bugnard, président de l’association « LePreau »

Accompagner les apprentissages

Mme Myriam Repond Sapin
Ancienne Inspectrice de la scolarité obligatoire I-II

IMG_0346Comment accompagner les apprentissages des élèves, sachant que dans une classe tous les élèves sont différents avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs qualités et leurs fragilités ? Chaque élève est UNIQUE et le défi l’enseignant est énorme puisqu’il va falloir donner à chacun ce dont il a besoin pour apprendre, travailler, persévérer et le mener sur le chemin de l’autonomie.

Apprendre est une activité mentale, une réorganisation du système de pensée qui se modifie lors de chaque nouvelle acquisition. Cette activité est invisible et complexe ; elle dépend de nombreux facteurs mais aussi des interactions sociales que l’élève pourra avoir avec ses camarades.

Le rôle de l’enseignant s’avère difficile puisque l’activité mentale de chacun de ses élèves ne se voit pas. Dès lors, il devra s’employer à les observer, à les stimuler à organiser leur travail de manière à intensifier et favoriser les échanges sociaux.
Afin d’être pertinent et efficace, l’enseignant doit aussi se positionner dans ses intentions et se questionner en tant qu’individu sur ce qu’il veut privilégier chez ses élèves et sur quel type de société il souhaite construire.

Accompagner l’élève c’est bien être à côté de l’élève pour l’aider à devenir autonome dans ses apprentissages. Ce n’est pas le materner, c’est véritablement le conduire sur le chemin du savoir. Meirieu, dans plusieurs de ses écrits, soulignait que c’est permettre à chacun d’accéder aux capacités de penser nécessaires pour aborder la complexité de ce monde. Pour se faire, il est essentiel que l’enseignant mette en place des situations d’apprentissage significatives et défiantes. Il n’hésitera pas à aborder la complexité des choses en ayant une attitude encourageante et en veillant à ce que ses élèves ne baissent pas les bras à la première difficulté.

Accompagner l’élève, c’est apprendre à ce dernier à se poser des questions, à aborder des positions différentes, à les analyser, à collaborer avec les autres pour résoudre les situations-problème. Pour cela, l’enseignant devra s’assurer que les bases à l’acquisition d’un nouveau savoir soient bien présentes il devra repérer les conceptions erronées qui sont préexistantes afin que celles-ci ne fassent pas obstacle à tout apprentissage. Ainsi, il permettra aux élèves de relier leurs connaissances passées au présent.

Accompagner l’élève, c’est aussi varier les approches, c’est faire appel à toutes les ressources du cerveau pour mieux gérer l’hétérogénéité de la classe. Pour cela, il est essentiel de ne pas se confiner dans un seul modèle d’apprentissage mais bien de les varier afin que chaque élève puisse trouver le chemin vers l’apprentissage.

Accompagner l’élève c’est également tenir compte des diverses façons d’apprendre et des rythmes en considérant le temps comme une ressource. C’est aussi et surtout accepter que l’élève ne comprenne pas tout du premier coup et fasse des erreurs puisque celles-ci sont sources d’apprentissage.

Accompagner l’élève, c’est aussi lui proposer des stratégies, des outils pour résoudre problèmes, questions. Ceux-ci seront plus efficaces si chaque élève est appelé à construire ses propres outils, à les formuler à sa manière, à trouver une façon personnelle de s’organiser.

Accompagner l’élève c’est également l’inciter à réfléchir, à se poser des questions. Pour cela, il faudra alterner les moments d’entrainements et les moments plus réflexifs où l’élève se positionne sur sa manière d’aborder l’apprentissage, de trouver des solutions, de mémoriser une matière.

Enfin se souvenir que tout apprentissage ne se fait que dans un climat harmonieux et serein. La chaleur, l’empathie, l’optimisme, la bonté liée à l’exigence, une autorité sans autoritarisme et un sens de l’équité sont des éléments permettant de créer un cadre sécurisant où l’enfant va progresser et réussir.

Myriam Repond

Les annotations formatives

M. Yombo Gbangou
Inspecteur de l’enseignement du Premier Degré
En service à la Direction du Continuum d’Education Multilingue
Doctorant en sciences de l’éduction/mesure et évaluation
a l’Université de Koudougou

L’annotation peut s’entendre comme l’action de porter des indications, ou des explications sur la production écrite d’un élève afin de le situer sur ses forces, ses erreurs et surtout lui indiquer les voies et moyens pour les surmonter. Elle est dite formative ou pédagogique ou utile si elle fournit des informations exploitables et utilisables par l’élève dans sa quête du progrès. La place des annotations actuellement formulées par les enseignants du primaire dans les devoirs écrits au profit des élèves laisse à désirer. En effet, elles sont le plus souvent vagues, verdictives et négatives comme celles-ci : Mal, médiocre, insuffisant, passable, très bien… Elles visent seulement à déclarer la valeur d’une œuvre, à justifier la note chiffrée ; Ce qui les rend très pauvres sinon dénuées de tout contenu utile à l’apprentissage. Ainsi, certains élèves en difficulté qui se retrouvent aux prises avec ces types d’appréciations tendent vers l’échec car celles-ci les frustrent puis les démotivent dans leur processus d’apprentissage.

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IMG_0348Toutefois, l’exploitation des annotations en tant qu’outil pédagogique motive les apprenants dans leur apprentissage. Ils se représentent mieux le but à atteindre et leur situation d’apprenant puis parviennent à de meilleurs résultats scolaires. Malheureusement, le manque de formation en annotation formative et les représentations négatives subséquentes puis le poids des effectifs larges entravent sa pratique par les enseignants du primaire. Pour tendre vers sa pratique effective, il est proposé une procédure d’annotation formative pouvant servir à la formation initiale et continue des enseignants en la matière. Elle consiste en ses grandes étapes à :
– définir les objectifs pédagogiques,
– élaborer des critères de réussite et de procédure donnant lieu aux grilles d’évaluation et ce, en concertation avec les apprenants ;
enfin à formuler des annotations se référant à ces critères.

Yombo Gbangou

Le sujet que propose M. Gbangou met en évidence l’importance d’être structurant et exigent dans le contexte de l’accompagnement d’un apprenant.
Vous pouvez accédez à l’étude complète de M. Gbangou Yombo
« Les entraves à la pratique des annotations formatives des devoirs écrits à l’école primaire et les perspectives d’innovation » en cliquant sur le lien suivant:
 https://mediahdotlive.files.wordpress.com/2017/06/les-annotations-formatives.pdf

Les futurs bâtisseurs

M. Bernard Compaore
Directeur de l’école primaire de Moetinga

Je travaille dans une école à 45 km de Ouagadougou dans la province de Kourweogo (Boussé).
Comme directeur de l’établissement, je suis responsable des liens entre le comité de gestion de l’école, le comité de parents, les autorités et l’établissement. Une partie de mon temps est également consacrée à l’enseignement.

Les cours que nous dispensons dans nos trois classes à deux divisions, doivent amener nos élèves à l’acquisition des savoirs et l’amélioration de leurs compétences.

Chaque année notre classe de CM2 passe les épreuves de certificat de fin d’études primaires ( CEP). Les difficultés liées à l’apprentissage en deux divisions, les intempéries et l’environnement structurel de notre école, ne favorisent pas la réussite de chacun de nos élèves. Ce constat à amener l’équipe pédagogique a prendre la décision de sacrifier les différents jours de congés et les soirées pour accueillir les élèves et effectuer des répétitions.

Le 6 juin, nos élèves ont passé cet examen important pour la suite de le cursus scolaire. Cette date a aussi marqué la fin de notre accompagnement de proximité avec les enfants qui se présentaient aux examens. Pour nous, la réussite de chacun est au centre de notre investissement. Comme directeur de l’école et titulaire de la classe, j’ai participé activement à cet encadrement.

Le 22 juin, les parents, les enseignants et tous les élèves de l’école se sont réunis pour entendre les différents résultats. Sur l’ensemble de notre groupe d’élèves, un seul échec a été enregistré. Ce n’est pas seulement l’échec d’un élève, mais bien une remise en question du mode de travail autour et avec cet enfant que nous vivons. En effet, chez nous, lorsque les élèves réussissent, les parents attribuent le résultat au travail de l’enfant. Par contre, lorsque celui-ci échoue, les regards se focalisent très vite sur l’enseignant.

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Comme pédagogues, nous faisons toujours la part des choses, mais nous nous sentons responsables de chaque enfant. Malgré les difficultés rencontrées dans l’exercice de notre fonction, l’ensemble de nos efforts sont centrés sur les possibilités que nous offrons. Personne ne nous demande de manquer les congés et offrir nos soirées, mais comme on le dit chez nous:

« kamba labeogo tinga metba! »

Traduction du mooré en français: « Les enfants sont les futurs bâtisseurs de la Nation! »

Bernard Compaore

Eloge de la différence

M. Paul Gay Crosier
Ancien directeur de cycle d’orientation

Souvent dans nos établissements scolaires, les parents des bons élèves sont inquiets lorsqu’ils apprennent que leur enfant sera dans une classe avec d’autres adolescents plus fragiles scolairement. Ils pensent que ceux-ci seront un frein à l’évolution de leur propre enfant.
Mon expérience de directeur d’un établissement secondaire comptant un peu plus de 1000 élèves m’a convaincu du contraire. En effet, si les « bons » élèves, disons scolairement plus doués, apprennent facilement les notions enseignées, ils ne sont pas gênés dans leur apprentissage par les élèves rencontrant plus de difficultés. Ceux-ci sont par contre, plus motivés à atteindre les objectifs dans une classe hétérogène, car l’on ne stigmatise pas les cancres.

Parlons maintenant, des élèves « différents » qui, eux, rencontrent de grandes difficultés d’apprentissage mais qui partagent, pour certains cours, le programme avec tous les élèves de leur âge. Ces cours sont en général : l’art du dessin, l’art musical, l’éducation physique (gymnastique), l’économie familiale (apprendre à cuisiner, prendre soin du linge, connaître les aliments) ou les activités créatrices manuelles (utiliser des outils pour fabriquer des objets en carton, en bois ou en métal) ; ces cours ne demandent pas de posséder un niveau de lecture ou d’écriture très preignant et facilitent par ce fait l’intégration. Celle-ci a une condition pour la réussite du projet: les professeurs doivent être formés et doivent travailler ensemble pour encadrer ces adolescents aux besoins différents.

Je vous raconte une anecdote vécue voilà quelques années. Une professeure d’économie familiale ne savait pas comment réagir face une jeune fille « aux besoins différents », appelons la Françoise, qui devait peler des carottes pour préparer le repas et qui mettait 10 fois plus de temps que ses camarades. L’enseignant n’arrivait pas à gérer ce problème qui semblait très important pour elle. La notion de différenciation n’était pas acquise chez l’enseignante.
Nous (direction et responsable pédagogique) lui avions signifié que l’essentiel était que Françoise apprenne le geste et atteigne les objectifs de son projet, entourée des autres élèves, peu importait le temps qu’il fallait. Françoise montrait un tel enthousiasme et une telle satisfaction lorsqu’elle avait réussi a pelé les carottes, que nous avions déjà atteint quelques objectifs de son projet; elle avait surmonté la difficulté. Les autres élèves apprenaient en même temps que dans la société, les personnes, quelles que soient leurs différences, peuvent recevoir une instruction de base et partager leur parcours scolaire avec l’ensemble des élèves.

Les parents de IMG_0350Françoise étaient très reconnaissants envers l’autorité scolaire que leur fille puisse participer à certains cours avec ses camarades du même âge. Ainsi elle se sentait valorisée et appréciait beaucoup ces cours ; elle n’était pas « stigmatisée » dans sa différence. J’ai toujours défendu ce point de vue lorsqu’il fallait expliquer aux autres parents les bienfaits de l’intégration des enfants différents pour eux ainsi que pour l’ensemble des apprenants.
Il faudra encore du temps pour que l’ensemble de société soit acquis au principe suivant: la différence comme source d’enrichissement et non pas comme un frein.

Paul Gay Crosier

Dans le partage d’expérience ci-dessus, nous pouvons remarquer à quel point l’Ecole inclusive a des défis. La question de la différenciation dans l’enseignement, le projet personnel d’un enfant dans un contexte de classe et le travail de l’équipe pédagogique impliquant l’ensemble des acteurs restent au centre des préoccupations. Stéphanie Corminboeuf travaille à l’aménagement de l’école qui accueille. Elle accompagne les établissements en s’inscrivant en parfaite systémique. Nous lui avons demandé quelques clefs pour mieux cerner les difficultés de l’apprentissage des élèves dyslexiques.

Egalité – équité – accessibilité

Mme Stéphanie Corminboeuf
Collaboratrice pédagogique, personne ressource MITIC, enseignante spécialisée

Lorsqu’un enseignant spécialisé ou un thérapeute propose des compensations des désavantages,
des différenciations, des adaptations, la remarque qu’il entend régulièrement est que ce n’est pas juste par rapport aux autres.
Outre le fait que c’est un droit fondamental, c’est une évidence lorsque l’on teste les simulations ou animations qui démontrent la réalité quotidienne d’un élève à besoins particuliers (BEP). Je vous propose de prendre le temps de cliquer sur les liens suivants :

IMG_0351Voir comme un DYS
Lire comme un DYS
Regardez le monde à travers les yeux d’un TSA :
Le monde du TSA 
Expérimenter l’impossibilité du cerveau à être attentif à 2 activités qui demandent une attention soutenue

La mise à disposition de documents, de contenus accessibles pour tous est intéressante à explorer. Le choix d’une police, d’une taille de caractères, d’un interligne adapté permet à chaque élève de montrer ce qu’il a appris sans être entravé par une forme de travail qui l’empêche de déchiffrer, de déployer toute son énergie à se retrouver dans un tableau à double entrée par exemple. Je vous propose un résumé des différentes recommandations de mise en page de documents tirés des E-Fiches et de différentes formations que j’ai suivies.

Voici également quelques outils pour tenir compte de l’organisation spatiale, soutenir le geste moteur et soulager les difficultés de repérage sur une page:

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« Si un enseignant recherche l’égalité pour tous ses élèves alors il se doit de choisir une pédagogie accessible pour tous ! »

Stéphanie Corminboeuf

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Nos remerciements chaleureux
aux auteurs:

Mme Myriam Repond Sapin
Mme Stéphanie Corminboeuf
M. Yombo Gbangou
M. Bernard Compaore
M. Paul Gay Crosier

à l’équipe de rédaction:

Mme Agnès Imbert Wingel
M. Hassan Bugnard